SENANCOUR ET SON OBERMAN

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Senancour a longtemps fait figure d’auteur malchanceux, encensé malgré lui par la génération de 1830 puis tombé dans l’oubli. Son œuvre est révélatrice d’une époque de transition, entre le 18e et le 19e siècle. Nourri de la philosophie des Lumières, Senancour jette cependant dans ses écrits les bases de nombreux thèmes romantiques. Son roman le plus connu, Oberman, publié en 1804, annonce ainsi le « mal du siècle ».

L'Oberman de Senancour, publié en 1804 sans aucun succès, est un de ces livres du seuil de la modernité, où se révèle, à l'état brut et à l'extérieur de toute catégorie générique, une conscience. En ce sens, Oberman, l'« homme des hauteurs », est le personnage moderne d'un roman unique, celui d'Etienne Pivert de Sénancour (1770 – 1846) où le lecteur appréhende une obscure mélancolie à la source d'une interminable quête d'identité. Il est alors tentant d'identifier l'auteur à son personnage : Sainte-Beuve, l'un des premiers, suivit cette piste voyant dans Oberman moins une réécriture de la biographie de Sénancour qu'une projection de sa vie. Étienne Pivert de Senancour a été profondément marqué par son enfance triste et terne. Issu d'une famille bourgeoise parisienne, seul enfant d'un étrange couple venu au mariage par un goût commun du couvent, il doit à une éducation janséniste une certaine méfiance pour les élans de l'imagination et de la passion, une maladie du scrupule aussi, qui eut sur son œuvre les effets les plus funestes. Il y gagna, il est vrai, une habitude de l'analyse et de l'introspection, de la méditation religieuse, dont le romancier et le moraliste sauront tirer profit. En fait, c'est de cette manière que l'éxégète se rend compte qu'Oberman n'est pas une autobiographie. Est-ce d'ailleurs un roman ? C'est, dans son genre, un roman épistolaire, mais à la manière du Werther de Goethe : les quatre-vingt-neuf lettres de la première édition – auxquelles s'ajoute le supplément de la seconde (1833) – sont celles du seul Oberman, qui ne se nomme jamais.

Au fil d'une impressionnante recherche dans les méandres romanesques d'après la révolution française (2013 – 2015), cet auteur peu connu du grand public a permis à Serge-René Fuchet de générer tel un noyau polynucléaire qui se dérobe en son centre une étude littéraire, Le genre romanesque moderne, proposant une approche inédite et extrêmement pertinente de la littérarité dans les écrits des Lumières et des courants littéraires modernes.

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